MOTS

Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /2008 13:21

POURVU

 

 

*

 

 

 

 

Aurions-nous besoin d’autres souvenirs

que je n’ai su traquer jadis en respirant le jour

Hagard et pauvre

sur ton chemin d’hier et de jamais ?

 

 

Je ne vais nulle part dans ce cœur,

et plus clairs,

et plus sûrs

sont les pas sur la terre sourde

 

 

Ai-je tari l’espace de fraîcheur

où vivre au non-verger n’était plus qu’évidence,

bien que brève, mais renaissante

aussi sûre qu’un fruit de prochaine saison,

quelque part –

il suffisait d’attendre l’heure.

 

 

Ai-je perdu ce cœur et sa faim

dans l’ombre morte des preuves rugueuses ?

 

 

Qu’aimer

quand le labour des éléments

n’éveille plus mes plaies ?

 

 

Qu’aimer

qui ne se veuille autre ?

 

 

*

 

 

La cendre des matins

La voix lavée de chaque jour

 

 

Il y a peu dans l’épaisseur

pour y loger le souffle ou l’eau d’un geste

 

 

Difficile d’avaler l’indicible glacier

Une ignorance neuve

après la pluie du rêve

s’offre à des siècle de rumeurs d’onction

ou d’incitation, à quoi ?

 

 

*

 

 

Quand les enfants par cœur auront appris ces vers

Il n’y aura plus lieu de demander pourquoi

L’air froid se brûle au tranchant des cimes sévères

Ou bien s’affûte et rêve – allez savoir à quoi.

 

 

*

 

 

S’il faut laisser se refermer le froid

sur la demeure non ruinée

qui coule elle aussi, mais plus lentement que nos corps,

c’est que nos ombres vont vers d’autres feux

qu’il nous faudra voir mourir

                                   et renaître encor

dans la pierre, impartageable pain des parois nues.

 

D’un seuil à l’autre une nuit se prolonge

et vieillit dans l’aveugle,

l’inerte est une main qui n’a rien à saisir.

 

Nous insistions dans ce qui jamais

ne fut pour nous l’impasse ou l’erreur,

comme distraits, mais de nulle excellence pourtant,

Requis sans retour pour toujours l’autre chemin.

 

 

*

 

 

L’horizon, cette réserve à brûler

dans les poumons des voyageurs,

espace digéré, devenu mémoire ou passé – temps mort

chaque départ : un matin mordu des yeux

qu’une fraîcheur attise, – 

des blocs de lendemain où pullulent les flèches décochées

des regards et des gestes ne se souviennent pas de leurs entailles

et présentent à tout être capable de naître

une face inentamée que seul gravir aide à nommer Réel.

 

 

*

 

 

 

 

Reste, au fond de nos corps échoués

            l’un sur l’autre au gré des secrètes liqueurs

Pour vérité ce feu, non voulu mais loué,

            que le vent seul attise,

 

rien, et tout entier pourtant plongé

            dans ce qui le nie tendu par

            l’aveugle,

tout à la fois demeure et hôte des forces

            de l’arc,

par la vague poussé dans les bras de qui

            n’aura jamais eu lieu – 

 

que faut-il pour que s’ébroue la voix

            sans sortir de l’eau noire qui l’étouffe,

sinon fleurir – puisque fleurit même l’amer des sèves ?






Petrus Logos

Par Spinoza Warrior - Publié dans : MOTS - Communauté : racontages en couleur
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