POURVU
*
Aurions-nous besoin d’autres souvenirs
que je n’ai su traquer jadis en respirant le jour
Hagard et pauvre
sur ton chemin d’hier et de jamais ?
Je ne vais nulle part dans ce cœur,
et plus clairs,
et plus sûrs
sont les pas sur la terre sourde
Ai-je tari l’espace de fraîcheur
où vivre au non-verger n’était plus qu’évidence,
bien que brève, mais renaissante
aussi sûre qu’un fruit de prochaine saison,
quelque part –
il suffisait d’attendre l’heure.
Ai-je perdu ce cœur et sa faim
dans l’ombre morte des preuves rugueuses ?
Qu’aimer
quand le labour des éléments
n’éveille plus mes plaies ?
Qu’aimer
qui ne se veuille autre ?
*
La cendre des matins
La voix lavée de chaque jour
Il y a peu dans l’épaisseur
pour y loger le souffle ou l’eau d’un geste
Difficile d’avaler l’indicible glacier
Une ignorance neuve
après la pluie du rêve
s’offre à des siècle de rumeurs d’onction
ou d’incitation, à quoi ?
*
Quand les enfants par cœur auront appris ces vers
Il n’y aura plus lieu de demander pourquoi
L’air froid se brûle au tranchant des cimes sévères
Ou bien s’affûte et rêve – allez savoir à quoi.
*
S’il faut laisser se refermer le froid
sur la demeure non ruinée
qui coule elle aussi, mais plus lentement que nos corps,
c’est que nos ombres vont vers d’autres feux
qu’il nous faudra voir mourir
et renaître encor
dans la pierre, impartageable pain des parois nues.
D’un seuil à l’autre une nuit se prolonge
et vieillit dans l’aveugle,
l’inerte est une main qui n’a rien à saisir.
Nous insistions dans ce qui jamais
ne fut pour nous l’impasse ou l’erreur,
comme distraits, mais de nulle excellence pourtant,
Requis sans retour pour toujours l’autre chemin.
*
L’horizon, cette réserve à brûler
dans les poumons des voyageurs,
espace digéré, devenu mémoire ou passé – temps mort
chaque départ : un matin mordu des yeux
qu’une fraîcheur attise, –
des blocs de lendemain où pullulent les flèches décochées
des regards et des gestes ne se souviennent pas de leurs entailles
et présentent à tout être capable de naître
une face inentamée que seul gravir aide à nommer Réel.
*
Reste, au fond de nos corps échoués
l’un sur l’autre au gré des secrètes liqueurs
Pour vérité ce feu, non voulu mais loué,
que le vent seul attise,
rien, et tout entier pourtant plongé
dans ce qui le nie tendu par
l’aveugle,
tout à la fois demeure et hôte des forces
de l’arc,
par la vague poussé dans les bras de qui
n’aura jamais eu lieu –
que faut-il pour que s’ébroue la voix
sans sortir de l’eau noire qui l’étouffe,
sinon fleurir – puisque fleurit même l’amer des sèves ?
Petrus Logos
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